Un point de vue de la fédération CGT sur la situation à La Poste S.A.

Extrait de Libération 8 mai 2012 : http://www.liberation.fr/economie/2012/05/04/la-poste-dans-tous-ses-etats_816363

TCHATS Vendredi dernier à 12h31 (Mis à jour vendredi dernier à 17h07)

 

«Nous demanderons au prochain Président de revenir sur la libéralisation de l’activité postale»

 

 

 

TCHAT Malaise social, suicides, suppressions de postes, réclamations de clients mécontents... Comment va La Poste ? Hervé Tellier, représentant de la Fédération Postale (CGT), a répondu à vos questions.

 

Antoine. Je suis catastrophé par la dégradation du service depuis plusieurs années. Ce phénomène est-il clairement perçu par l’entreprise ? A votre avis, y a-t-il des démarches qui vont aller vers l’amélioration, ou bien êtes-vous plutôt pessimiste à ce sujet ?

 

Hervé Tellier. Nous sommes aussi conscients qu’il y a bien une dégradation du service public depuis des années, et cela s’est aggravé, notamment avec le changement de statut et l’ouverture du capital de La Poste, où la rentabilité financière s’est accrue pour répondre aux appétits des actionnaires.

 

Cette dégradation a entraîné de multiples réorganisations et restructurations dans les différents métiers de La Poste qui ont supprimé des milliers d’emplois – 90 000 en dix ans, l'équivalent d’une suppression d’emploi par heure. Cela aggrave, bien sûr, les conditions de vie et de travail des personnels, mais a aussi des incidences sur le service public postal rendu à la population, qui voit le relevage du courrier avancé, des suppressions de bureaux...

 

Ursula. La Poste reconnaît-elle le malaise des salariés ? Quelles sont ses propositions ?

 

H. T. La Poste a été obligée de reconnaître le malaise de ses salariés du fait des drames qui ont eu lieu ces dernières semaines. Cela a contraint le président de La Poste à ouvrir un chantier appelé «Grand dialogue».

 

On a proposé, et d’une manière unitaire avec les autres organisations syndicales, d’arrêter immédiatement toutes les réorganisations qui impactent les conditions de vie et de travail des personnels, l’emploi et l’aggravation du service public postal. On propose quatre grands chantiers de négociations : sur l’organisation, le contenu, la finalité et les conditions de travail, l’emploi, les droits et garanties des salariés, les salaires, le pouvoir d’achat, le social d’entreprise, la démocratie et le droit de revendiquer.

 

Michelle. Qu’en est-il de la mission de service public de La Poste ? Les nouvelles d’agences ressemblent plus à des banques qu'à des guichets postaux ?

 

Brusel. Vous écrivez service public... Il s’agit plutôt d’un service commercial et il doit-être rentable, ceci justifiant cela ! Le service public ne veut rien dire dans une société commerciale !

 

H. T. La mission de service public de La Poste est de répondre aux attentes, et surtout aux besoins de la population, notamment en cette période de crise. Nous pensons que La Poste, comme l’ensemble des services publics, sont un atout essentiel pour répondre à ces besoins mais aussi permettre la recherche, l’innovation, le développement de la politique industrielle. Aujourd’hui, le donneur d’ordre dans les guichets c’est la Banque postale. Toutefois, nous proposons que les bureaux de Poste soient des bureaux de plein exercice qui assurent la complémentarité des activités postales : courrier, colis, droit au compte et l'épargne...

 

Sylvain. Peut-on penser que ce qui se passe à La Poste aujourd’hui est strictement similaire à la situation de France Telecom ?

 

H. T. La Poste a connu plusieurs drames similaires à ceux de France Telecom, les causes entraînant les mêmes effets, à savoir la rentabilité à outrance, la non reconnaissance des personnels. C’est une autre répartition des richesses créées qui est nécessaire, afin de répondre aux revendications des personnels et aux nécessités des services publics postaux mais aussi des télécommunications, dans le cadre de la communication pour tous.

 

Vivi. Je n'écris plus depuis longtemps et ma boîte aux lettres est vide 3 jours par semaine. Que vont faire les postiers à cette allure-là ?

Gégène. L’envoi électronique du courrier vous inquiète-t-il ?

 

Même s’il y a le constat d’une légère baisse du courrier, celui-ci est toujours très important. Il répond à des besoins tant pour les particuliers que pour les entreprises. Après, cela pose la question du développement des produits et des prestations postales pour répondre aux attentes des citoyens. La Poste prend aussi en compte le développement du e-commerce, et cela doit générer des emplois.

 

Gege. N’avez-vous pas peur de perdre votre statut de syndicat représentatif et donc de ne plus pouvoir négocier ? Craignez-vous une dégradation des conditions de négociations pour les représentants des salariés ?

 

H. T. On n’est jamais sûr de rien, mais la CGT est la première organisation syndicale à La Poste, et de loin. On met tout en œuvre pour faire part de nos propositions dans l’intérêt des postiers et du service public, et nous sommes tenaces sur ces questions auprès de la direction de La Poste. Il y a une forte attente des salariés en ce domaine, et cela pose la question de la mobilisation du nombre des syndiqués pour créer le rapport de force nécessaire.

 

Libérezmoi. Les modes de management ont-ils changé pour s’adapter à ces nouvelles exigences de rentabilité financière ? Si oui, quelles en sont les conséquences ?

 

H. T. Oui, les modes de management ont changé, avec une pression énorme sur les cadres stratégiques pour appliquer la stratégie de La Poste, et ses objectifs de rentabilité financière. Cela a des incidences sur l’ensemble des personnels, cadres et non cadres. Nous proposons que les cadres, les encadrants et les personnels qui ont des propositions pour effectuer les missions de service public soient entendus et respectés.

 

Sylvain. Peut-on penser que La Poste est victime d’une politique publique qui vise à fragiliser l’entreprise pour mieux la préparer à la privatisation ?

Domj. Comptez-vous vous mettre en grève ?

 

H. T. Depuis 2008, avec le changement de statut et l’ouverture du capital, nous sommes confrontés à la privatisation de La Poste, cela fragilise l’entreprise, les personnels, et aussi le service public rendu à la population. Nous continuons cette bataille contre la privatisation, avec des propositions que l’on a faites dans notre mémorandum, tant sur les questions d’acheminement du courrier, d’activité dans les bureaux de Poste, ou sur la question d’un pôle financier public pour répondre aux besoins des populations et des collectivités territoriales.

Pour l’instant, il est envisagé une grève le 22 mai dans les plateformes industrielles du courrier sur les revendications des personnels, en lien avec la situation à La Poste aujourd’hui.

 

Jeanpaulbailly. Pensez-vous qu’une victoire de François Hollande condamne la direction actuelle de La Poste ?

Sylvain. Le probable futur président François Hollande s’est-il penché sur la situation à la Poste ?

 

H. T. Pour nous, la question n’est pas celle des individus, mais des politiques qui sont menées au sein des entreprises, notamment au sein de La Poste. De même que le Front de gauche, les organisations syndicales de La Poste ont été reçues par monsieur Hollande, nous lui avons expliqué notre position, et nos propositions sur l’avenir du service public postal et des postiers. Pour nous, à la CGT, cela doit conduire à revenir sur les directives européennes, notamment de libéralisation de l’activité postale, et de revenir sur le changement de statut de La Poste et de son capital.

Grand Dialogue La Poste : La montagne accouche d’une souris

En l’absence du Président de La Poste, une rencontre s’est déroulée hier mardi 27 mars 2012 entre l’ensemble du staff de La Poste et les organisations syndicales des postiers. 

Normalement, ce devrait être un moment fort pour annoncer des mesures fortes. Malheureusement, le capitaine a brillé par son absence. Cette absence sera ressentie comme une provocation par le personnel en attente de décisions rapides pour créer la confiance nécessaire et utile dans une entreprise.

 La CFTC s’interroge sur une question majeure. Comment est-ce possible que le Président de La Poste ne soit pas au courant des analyses sociales, normalement transmises par ses collaborateurs, ou feindrait-il de ne pas les connaitre ?.  

Cela étant dit, tous les niveaux hiérarchiques vont être mis à contribution pour consulter les postiers afin de leur demander leurs attentes pour leur bien-être au travail. Le hic, c’est un remake de ce qui a déjà était fait, au travers des enquêtes « de vous à nous ».

 Avec cette méthode, le Président de La Poste contourne le problème, mais ne le règle pas.

 Cette méthode est pour le moins surprenante, car nous sommes dans l’urgence afin d’éviter tout nouveau drame. En effet, les syndicats, les médecins du travail…, ont déjà fait remonter au quotidien ce mal être et ce à plusieurs reprises. C’est la raison pour laquelle, la CFTC demande une implication plus importante des médecins du travail. Ils devraient, en outre,  formuler un avis écrit sur toutes les réorganisations.

 La CFTC a aussi remarqué le mutisme du staff de La Poste quant au gel des réorganisations, mais également à l’arrêt des suppressions emplois.

 La CFTC va imposer que les  vrais problèmes soient mis sur la table pour ne pas être volontairement occultés comme la suppression des bureaux de poste pour tendre vers un objectif cible de 3.000 points de vente sur les 17.000 points de contacts actuels, mais également la suppression de 20 % du personnel de La Banque Postale et l’aggravation de la distribution du courrier…

 Ce Grand Dialogue ne doit pas être vécu comme un écran de fumée géant pour faire passer les centaines de dossiers de réorganisations en cours dont La Poste affirme qu’ il n’est pas question de ralentir la cadence. En somme, un Grand dialogue pour les stratèges de La Poste pour de très petits résultats pour les postiers.

Le syndicalisme au tournant de l’unité

samedi 19 décembre 2009 par Daniel Marceau

Dans un double contexte de crise économique et sociale et d’une réforme profonde de la représentativité syndicale, plusieurs organisations tiennent dans cette période leur congrès. Après l’UNSA en novembre, c’est la CGT en décembre, puis la FSU début février. L’ordre du jour de ces congrès voient en filigrane se poser une alternative entre repli identitaire et dynamique de rassemblement. L’unité syndicale qui avait prévalu depuis l’automne 2008 au niveau interprofessionnel, donnant lieu à plusieurs journées de mobilisation d’ampleur sur une plate-forme de remise en cause des politiques libérales, n’aura pas atteint le cap d’une année. Depuis la fin août, l’intersyndicale nationale se tient sans FO, et aucune de ses réunions n’a pu aboutir à une décision d’action sous quelque forme que ce soit.

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Communiqué de presse commun des organisations syndicales de La poste

Communiqué de presse commun des organisations syndicales CGT, SUD, FO, CFDT, CGC/UNSA, CFTC de La Poste
Les Fédérations syndicales de La Poste CGT, SUD, FO, CFDT, CGC/UNSA et CFTC ont rejeté
Majoritairement un projet d’accord visant à instaurer un système d’actionnariat salarié dans l’entreprise
publique.
Or, passant outre le choix prévisible des représentants légitimes du personnel, la direction de La Poste,
en ne parvenant pas à obtenir un accord, a décidé d’imposer unilatéralement son texte.
Les Fédérations CGT, SUD, FO, CFDT, CGC/UNSA et CFTC dénoncent solennellement un procédé qui, audelà
des problèmes de fond soulevés par ce dossier, contrevient aux principes élémentaires du dialogue
social et de la négociation collective.
La direction de La Poste ne peut se targuer de la qualité supposée de son « modèle social » et, dans le
même temps, contourner la démocratie représentative, simplement parce que son avis déplait.
Laisser entendre que des postiers(e)s actionnaires accorderaient moins de crédit aux organisations
syndicales et que c’est essentiellement pour cela que nous nous opposons à ce projet relève du plus
grand cynisme et de la plus grande manipulation
Les organisations syndicales CGT, SUD, FO, CFDT, CGC/UNSA et CFTC considèrent que ce n’est pas le
projet d’actionnariat salarié qui va répondre aux situations difficiles que vivent les postiers.
En effet il est plus que temps que la direction de la Poste accepte d’ouvrir les yeux sur la situation réelle
des postiers. La gravité de ce qui se passe aujourd’hui à la Poste exige bien autre chose qu’une simple
écoute alors que la direction ne répond pas à son obligation de résultats quant à la préservation de la
santé de ses salariés .
L’amélioration des conditions de vie et de travail des postiers et du service public postal, passe avant
tout par l’arrêt des restructurations, des réorganisations, de la destruction de l’emploi qui ne visent que
la rentabilité.
Les bons résultats de la Poste doivent au contraire servir à la satisfaction des revendications, pour
améliorer le quotidien et le mieux vivre au travail pour tous les postiers tels les salaires, le
développement de l’emploi.
Les Fédérations CGT, SUD, FO, CFDT, CGC/UNSA et CFTC demandent l’ouverture de véritables
négociations sur l’organisation, les conditions et le contenu du travail à la Poste par l’instauration d’un
véritable dialogue social à contrario de cette désinvolture et cet autoritarisme affiché à l’encontre des
personnels et des représentants syndicaux. Ceci entre en résonance avec la volonté manifestée par
certains, de considérer les syndicats comme des obstacles à la bonne marche de la société. C’est avec
cette exigence qu’elles interviendront ensemble auprès du Président de La Poste.
Paris, le 15 mars 2012